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En 2006, le film Indigènes de Rachid Bouchareb porte à l’écran le destin tragique de soldats maghrébins de l’armée française engagés dans la Seconde Guerre mondiale. Cette fiction expose une page méconnue de l’histoire : la participation des troupes coloniales françaises à la victoire sur le nazisme.

 

Entre 1939 et 1945, 239 000 Nord-Africains (132 000 Algériens, 85 000 Marocains et 22 000 Tunisiens) ont combattu en France (1939-1940 et 1944-1945), en Tunisie (1943), en Italie (1943-1944) et en Allemagne (1945). La guerre terminée en Europe, les troupes coloniales forment l’essentiel du corps expéditionnaire en Indochine

 

Groupement de Résistance du Barrage de l'Aigle  Les compagnies Nord-Africaines
Groupement de Résistance du Barrage de l'Aigle  Les compagnies Nord-Africaines

 

 

 

  Groupement de Résistance du Barrage de l'Aigle 
Les compagnies Nord-Africaines du barrage

 

 

 

       Dans ses souvenirs, l’ingénieur André Decelle, alias « Commandant Didier », évoque cette période de la guerre, où chargé de la réalisation du barrage de l’Aigle sur la Dordogne, ceci sous la direction des ingénieurs en chef André Coyne et Marcel Mary, il aborde le chapitre de la résistance à l’occupant.

 

       C’est durant ces années 1942 à 1944, que va se constituer sous l’égide de l’ORA, les quatre groupements de combattants (Didier – Renard – Allard – Eynard) destinés à se lever et participer le jour venu à la libération du Cantal, de l’Auvergne, puis du territoire national enfin. Ce ne fut pas une mince affaire...

 

       La main d’œuvre sur ce chantier pharaonique était nombreuse. Plus de 1.500 ouvriers représentant 31 nationalités. Les travailleurs étrangers étaient très représentés, plusieurs centaines d’individus regroupés dans des GTE. Les Espagnols étaient les plus nombreux, environ 600 hommes, pour la plupart militants de l’anarchisante CNT en exil. C’est parmi ceux-ci que André Decelle parvint à constituer deux compagnies espagnoles de combat, rattachées au bataillon. Ils étaient cantonnés à Aynes et au Peyrou de Chalvignac.

 

       Dès le 8 juin, les éléments précurseurs s’installèrent au Puy Violent dans les monts du Cantal. A la fin du mois de juillet, on compta près de 300 maquisards ibériques stationnés en ce lieu, à proximité du col de Néronne, où stationnait le bataillon

        Ils participèrent au ramassage des conteneurs lors du parachutage des 90 tonnes d’armes de l’opération Cadillac du 14 juillet sur le terrain « serrurier » près de Pleaux, dont ils allumèrent les feux de balisage. Ce sont eux qui transportèrent tout cet armement qu’ils entreposèrent dans des burons du Puy Violent et dont ils assurèrent la garde.

 

        Sur ces deux compagnies, l’une participa aux combats d’Autun sous les ordres du Capitaine espagnol Juan Montoliu-Del-Campo en accompagnement des compagnies « Bernard » et « Bruno » du bataillon. La seconde commandée par le Capitaine Miguel Barbosa-Giro maintenue sur place, assura le contrôle territorial de la région ainsi que la protection de la « République Libre de Mauriac ».

 

       Parmi ces travailleurs, on trouve des Polonais chargés du forestage et du charbonnage dans le secteur de Lanau-d’Arches. Ils fabriquent le charbon de bois destiné au fonctionnement des gazogènes. Ces hommes permirent la constitution de deux compagnies de combat polonaises sous les ordres des Capitaine Theuer et Lieutenant Kerwiak. Créées à l’initiative du Capitaine Rougier des GTE d’Auvergne, elles furent tout d’abord rattachées au sein du bataillon « Didier », puis le 20 juillet 1944, furent mises à la disposition du groupement « Eynard » du commandant Playe, afin de renforcer son effectif. Ces unités polonaises se distinguèrent particulièrement lors des combats de Decize dans la Nièvre.

 Au printemps 1944,

une compagnie de travailleurs indochinois venant de Bordeaux séjourna quelques temps à Aynes. Elle fut chargée de monter des baraquements pour s’y loger, mais entre temps, elle fut rappelée en un autre lieu. Néanmoins, elle avait été intégrée comme compagnie de combat dans le groupement Decelle, mais sa réalisation effective n’intervint pas. Les cantonnements édifiés par ces hommes servirent plus tard à y détenir les prisonniers de guerre allemands.

 

http://www.travailleurs-indochinois.org/recrutement.htm

 

     Enfin, un certain nombre de travailleurs nord-africains étaient employés sur le barrage. Leur effectif était fluctuant allant d’une cinquantaine à une centaine d’hommes, car cette main d’œuvre était souvent déplacée d’un chantier à l’autre. La plupart étaient d’anciens prisonniers de guerre des troupes coloniales, que les Allemands avaient libéré au titre du travail par réquisition. Ils logeaient dans le secteur du Moulinot que l’on surnommait « le Maroc ». C’est à partir de ces hommes, tous volontaires, que furent créées deux compagnies de combat FFI, l’une au sein de l’ORA pour le Cantal, l’autre au sein des FTP pour la Corrèze.

 

C’est le sujet que nous allons aborder ci-après.

 

      Le 1er octobre 1943, le jeune ingénieur Raymond Soulas est affecté au chantier du barrage de Saint-Geniez-O’Merle, sur la Maronne, affluent de la Dordogne. Très vite il intègre les réseaux de résistance, et est mis en contact avec l’ingénieur André Decelle, chef départemental de l’ORA, qui lui demande compte tenu de son grade dans l’armée, lieutenant du Génie, de constituer un groupe de combat clandestin destiné à prendre le maquis au sein du bataillon, dès le moment venu.

 

       Durant l’hiver et le printemps 1943/1944 il recrute des volontaires parmi les ouvriers du barrage. De jeunes français voulant échapper au STO, des réfugiés espagnols « rouges », des Nord-Africains « réquisitionnés », des cadres d’active ou de réserve de l’armée d’armistice dissoute. Son effectif compte une cinquantaine d’hommes dont une quinzaine de maghrébins. Il créé son premier maquis dans une vieille ferme abandonnée et isolée dans les bois près de la Maronne, au hameau de Calau. L’instruction est prodiguée avec le peu d’armes dont il dispose.

 

       Le 2 juin 1944, le commandant Decelle convoque Raymond Soulas et lui délivre l’ordre de conduire son unité, une compagnie dorénavant opérationnelle, auprès du Commandant Playe, pour qu’elle soit intégrée au groupement « Eynard ». Avec ses hommes il s’installe à Longayroux, hameau à proximité de Pleaux et se met à disposition de son nouveau chef. De nouveaux arrivants, de jeunes résistants de la région intègrent la compagnie dont l’effectif atteint bientôt une centaine d’hommes. Soulas constitue donc la compagnie « Bertrand », comprenant trois sections et un petit état-major. Deux sections européennes commandées par l’Adjudant-Chef Warluzel (Section de René Aubignac et José Zucca) et l’Aspirant Jacquin, une section nord-africaine commandée par l’Aspirant Germain et encadrée par 7 élèves de l’école coloniale.

 

       Le 14 juillet 1944, la compagnie « Bertrand » participe à la protection et au ramassage des armes parachutées à Pleaux. Quelques jours plus tard, elle défile dans Mauriac libérée, puis se dirige sur Riom-Es-Montagne où elle poursuit son instruction.

Mémorial du Lioran commune Laveissière Cantal
Mémorial du Lioran commune Laveissière Cantal

        Le 12 août, elle reçoit l’ordre de se transporter sur le Lioran où elle participe aux combats du tunnel où est retardée la garnison allemande d’Aurillac qui tente de se retirer de la région. Le 13 août, la compagnie est sérieusement accrochée et perd plusieurs de ses hommes. Le lieutenant Soulas et l’un de ses hommes est capturé. Fait prisonnier, il aura la vie sauve, mais sera déporté en Allemagne, d’où il ne rentrera qu’en 1945. La compagnie sans son chef compte ses pertes et se retire sous les ordres du Sous-Lieutenant Warluzel, nommé au feu. Journée tragique, l’unité rejoint son cantonnement initial et va enterrer ses morts.

le Major Freddy Cardozo (Vecteur),
le Major Freddy Cardozo (Vecteur),

      Qu’est devenue la section nord-africaine ? Pour le savoir, il faut remonter au mois de mai précédent. En effet, dans la nuit du 6 au 7 mai 1944, une équipe « Jedburgh » est parachutée en Margeride. Il s’agit de la mission interalliée « Benjoin », placée sous l’autorité du commandant britannique, le Major Freddy Cardozo (Vecteur), du Lieutenant américain Jacques Lebaigue (Spirale), du Capitaine français Bernard Gouy (Médiane) et du Sous-Lieutenant Jean Trollet (Somali).

 

       Les hommes qui composaient cette mission participèrent en tant que conseillers et observateurs à toutes les opérations de la résistance dans cette région de la Haute-Loire et du Cantal, que ce soit le Mont-Mouchet, Clavière, Chaudes-Aigues, le Lioran, Ruèyres, Saint-Flour, etc. Leurs liaisons radio directes avec Londres ou Alger, permettaient d’obtenir les parachutages, les atterrissages de nuit, voire le soutien aérien si nécessaire. Après la bataille du Lioran, le Major Cardozo prit le commandement du commando américain OSS « Lindsey », qu’il manœuvra durant la bataille de Saint-Poncy. Devant l’absence du Lieutenant Soulas capturé, le Capitaine Gouy, prit à son compte la section nord-africaine, qui étoffée de nouveaux arrivants, devint compagnie nord-africaine. C’est à la tête de cette nouvelle unité, qu’au sein du groupement « Eynard » de l’ORA, devenue colonne rapide n° 2 du Commandant Playe, il se dirigea avec les 12.000 hommes des maquis vers la capitale de l’Auvergne à Clermont-Ferrand.

        Le 18 août, le groupement Playe cantonne avec ses hommes dans la commune de Fohet, au sud de Clermont-Ferrand. Se présente à lui un officier des Affaires Militaires Musulmanes, le Capitaine Auguste Evrard. Il se trouve à la tête d’un groupement de soldats nord-africains de 230 hommes provenant du camp F installé à proximité de la capitale Auvergnate qu’ils viennent de quitter. Cet officier et ses hommes se mettent à la disposition du commandant Playe, qui les place immédiatement aux ordres du Capitaine Gouy venant d’arriver avec sa compagnie. Ainsi vient d’être créé le premier bataillon de tirailleurs nord-africains FFI, une force armée de 350 hommes environ, qui prend le nom de groupement « Chouan » de la demi-brigade d’Auvergne.

 

       Les 25 et 26 août, trois colonnes rapides font mouvement vers

Clermont-Ferrand, tandis que deux autres restent en réserve à 50 kilomètres au sud. Le 27 août, tandis que la 1ère colonne rapide entre dans la ville auvergnate, la 2ème colonne du commandant Playe arrive à Royat. A 17 heures, une compagnie de cette colonne n° 2 entre à son tour dans la capitale régionale et rend les honneurs aux chefs civils et militaires de la résistance.

 

       Le 28 août, le bataillon nord-africain gagne Riom et Maringues. Il se lance à la poursuite des unités allemandes en retraite. Des reconnaissances sont poussées jusqu’à Thuret, Aigueperse et Gannat. Ce groupement « Chouan » du Capitaine Gouy quitte Broût-Vernet, et prend de flanc une pointe allemande qui menace cette ville. Les tirailleurs lancent un assaut à la baïonnette sur les Allemands qui se replient. Lorsque ces derniers lancent à leur tour une contre-attaque, ils tombent dans le vide. Gouy a remarquablement fait décrocher ses hommes qu’il a fait placer en défensive. Ils ne comptent que 5 blessés, tandis que les pertes allemandes sont sévères.

       Le 30 août, la colonne Playe atteint Saint-Pourçain-sur-Sioule et Varennes-sur-Allier le 31. Le 2 septembre, la colonne rapide n° 2 se reforme pour reprendre sa progression. Le 4 septembre, la compagnie « Bertrand » du groupement Playe arrive à proximité de Moulins, et ratisse les bois entre Dompierre-sur-Besbre et Le Palme-le-Charme. Elle prend sous son feu trois cars allemands, et à 23 heures, la section du Sous-Lieutenant Warluzel au carrefour de Charme sur la RN 480, attaque une colonne de cyclistes, des Russes blancs sous uniformes allemands venant de Saligny qui enregistrent quelques pertes. Le 6 septembre, le groupement « Colliou » et la colonne Playe libèrent Diou, Digoin, Thiel et Dompierre-sur-Bresbe.

 

       A Moulins, tous les chefs civils et militaires, français et alliés sont réunis. Le Commissaire de la République Henry Ingrand, les Colonels Coulaudon et Fayard, les Lieutenants-Colonels Schmuckel, Huguet, Colliou et Plantier, les Majors Cardozo et Mac Pherson. Tous ces hommes ont suivi de près les opérations de libération du Cantal et du Puy-de-Dôme. Ils déclarent la région R6 définitivement libérée.

Les colonnes rapides n° 6 (Renard) du Commandant Thollon et n° 2 (Eynard) du Commandant Playe, entament leur remontée vers le nord à la poursuite des unités allemandes en repli. Le 8 septembre, elles parviennent en bordure de la Loire à proximité de la ville de Decize dans la Nièvre, que tente de franchir la colonne allemande Elster forte de 18.000 hommes. Tandis que le Commandant Thollon tient la rive nord de la Loire avec 700 hommes, le commandant Playe sous les ordres du Colonel Colliou (Roussel), fait face à l’ennemi vers l’Ouest. Il dispose pour cela, des compagnies Bertrand, Bonneval, des Polonais et du bataillon Chouan, soit près de 800 hommes.

 

       Les premiers engagements entre le bataillon Chouan et les Allemands ont lieu au Château de Brain, à l’entrée de la ville. Les combats provoquent la mort de 10 soldats ennemis et de trois tirailleurs, Ahmed Ben Mohamed, Salah Ben Abdesselem, Daoud Ben Abdelkader, ainsi que plusieurs allemands faits prisonniers.

 

      Le groupement Thollon, après avoir fait sauter le pont de Decize repousse les soldats de la colonne Elster, qui à l’issue de nombreux affrontements et d’un repli vers Bourges se rendront aux forces alliées 3 jours plus tard. Le 11, le bataillon Chouan se porte en avant de Decize, dans le village de Saint-Germain qu’il occupe empêchant tout retour de l’ennemi

Groupement CHOUAN
Groupement CHOUAN

Le 13 septembre, les colonnes rapides sont restructurées pour former la demi-brigade Erulin, qui comprendra le groupement « Eynard », le groupement « Chouan », le groupement « Victoire », la compagnie « André » avec les canons de 20 mm capturés à la centrale de Rueyres, et le groupement « Michel » de l’Allier, soit une force de 1.800 hommes. Cette unité est placée sous le commandement du Général de Monsabert, commandant le 2ème Corps d’Armée de la 1ère Armée Française. Le 17, les tirailleurs du Commandant Gouy partent s’installer dans la localité de Ponce, dans la région d’Auxonne.

 

       Le 15 octobre, cette demi-brigade reçoit l’ordre de se diriger sur Roide, mais les effectifs ayant fondu, il ne reste que trois compagnies, soit 300 hommes, permettant de former le 1er bataillon de la demi-brigade d’Auvergne. Cette unité nouvellement créée, agira en complément des 13ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais et 23ème Régiment d’Infanterie Coloniale.

        Le 21 octobre, cette restructuration amène le changement de cadres à la tête des unités. C’est ainsi que le Lieutenant Warluzel, prend le commandement de la 1ère compagnie, ancienne compagnie Dutter (Bonneval). Le 30 octobre, l’Adjudant Ahmed Ben Seghir de la compagnie de tirailleurs nord-africains saute sur une mine lors d’une patrouille.

 

       Le 22 novembre à la suite des nombreux et mortels combats de Roide, les bataillons FFI d’Auvergne prennent corps sous l’appellation de 152ème Régiment d’Infanterie surnommé « Les Diables Rouges ». L’ancienne demi-brigade Erulin devient le bataillon I/152 à trois compagnies, dont la 2ème compagnie nord-africaine est dorénavant commandée par le Capitaine Chainas. Entre le 24 et le 26 novembre, se déroulent les combats de Courtelevant, où les pertes sont élevées. Outre le Colonel Erulin blessé, on dénombre 18 tués dont deux officiers parmi lesquels le Capitaine Chainas, ainsi qu’un tirailleur Mohamed Ben Djelloul, 5 disparus, 51 blessés et 22 évacués pour engelures ou congestions. Plusieurs tirailleurs de la compagnie NA seront blessés ; Hadj Klouf Ben Mohamed, Mohamed Ben Ahmed, Boussetta, Mahfoud Ben Ahmed, Abdelkader Ben Ali, Hamou Ben Brahim, Kadim Ben Kadem, Seghir Ben Ahmed.

 

        Le 3 décembre, le régiment et ses trois bataillons font mouvement sur la forêt de Hart, où ils sont mis à disposition du 1er Régiment de Tirailleurs Marocains. Mais la 2ème compagnie de tirailleurs du 1er bataillon, désorganisée et démoralisée par la mort de son chef, le Capitaine Chainas, est laissée sur place et remplacée par une autre unité, le groupement « France d’Abord » venant de Lyon. C’est ici que l’on perd la trace des premiers volontaires nord-africains FFI de l’ORA, courageux combattants étrangers venus des fins fonds du Cantal et du Puy-de-Dôme, pour rendre à la France son honneur et sa liberté.

         On peut penser mais cela sans aucune certitude car nous n’en avons pas trace, que parmi ces valeureux combattants nord-africains, certains ont à partir du mois de septembre, intégré les unités de cette armée française débarquée dans le midi le 15 août précédent. Certaines troupes étaient particulièrement éprouvées après la campagne d’Italie, les combats en Provence et la remontée de la vallée du Rhône. Elles furent durant tout l’automne 1944 et l’hiver 1945, soit renforcées, soit remplacées par les 140.000 FFI de toutes nationalités. Ce fut ce que le Général de Gaulle appela « l’amalgame ».

 

Il s’agissait principalement des 1er et 7ème Régiments de Tirailleurs Algériens, du 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains, des 1ère, 10ème, 14ème Divisions d’Infanterie et 27ème Division d’Infanterie Alpine. N’oublions pas que cette première armée française venue du nord de l’Afrique, était composée à 50 % de maghrébins, 32 % de pieds noirs, 10 % d’africains et 8 % de français libres de souche métropolitaine.

 

       Tous ces tirailleurs nord-africains venus du Cantal, de la Corrèze ou du Puy-de-Dôme se sont conduits au feu avec honneur et plusieurs furent décorés. A l’issue de ces combats de la libération à l’automne 1944, la plupart intégrèrent les Régiments Coloniaux de la 1ère Armée Française du Général de Lattre de Tassigny. Ils participèrent à la campagne des Vosges et d’Alsace, puis à l’occupation et la reddition de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945. Nombre d’entre eux y laissèrent la vie

 

 

 

Nous avons donc relaté l’histoire de la compagnie nord-africaine du barrage de l’Aigle, intégrée au bataillon « Didier » de l’ORA.

 

 

 

 

 

« Pourtant », il a bel et bien existé une autre compagnie nord-africaine du barrage, mais celle-ci, a été constituée qu’au mois d’août 1944, à l’initiative d’un jeune Officier FTP marocain, le Lieutenant FFI Abdelkader Ikrelef

 

Voici quelle a été son « épopée ».

 

 

1939-1944: Pourtant" - Ou l'épopée du Lieutenant Abdelkader Ikrelef

 

L'histoire d'un jeune Marocain à qui on avait appris "Nos Ancêtres les Gaulois", et qui, la tête pleine de rêves de gloire et de justice, s'embarqua pour la France afin de rejoindre la Résistance. Ses rêves, ses rencontres, ses joies, ses gloires. . . Ses tristesses et ses désillusions!

 

Biographie de l'auteur

A la fois comédien et metteur en scène depuis 1981, c'est en 1986 que Gilles Ikrelef fait la promesse à son père, sur son lit de mort, d'écrire son histoire. En 1997, il entreprend un premier périple, à cheval, pour aller à la rencontre d'anciens résistants qui avaient connu son père durant la seconde guerre mondiale, afin de tenir sa promesse. En 1999, le manuscrit terminé, il décide de le porter à la famille royale au Maroc, toujours à cheval, en partant de Limoges. Il est l'auteur de plusieurs textes dont une pièce, " U.N. " (United Nations) ou " Renaissance d'une Utopie ", parue aux éditions l'Harmattan, en septembre 2004.
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 Le 3 septembre 1939, Abel est alors âgé de 17 ans.

 

En effet, devant l’invasion de la Pologne par les armées nazies, la France et la Grande-Bretagne, en réponse à cette agression et en respect des accords d’alliance passées avec ce pays, déclarent la guerre à l’Allemagne du chancelier Hitler.

Lieutenant Abdelkader Ikrelef
Lieutenant Abdelkader Ikrelef

Abdelkader Ikrelef, surnommé Abel, réside à Rabat capitale du Maroc. Instruit et d’une famille aisée, son père est ingénieur des travaux publics dans l’administration française, et à ce titre il bénéficie de la double nationalité franco-marocaine. Abdelkader est né à Safi le 5 mars 1922.

 

Quelques semaines plus tard, c’est la « drôle de guerre » et ses trois grands frères Abdéraman, Slem et Mohammed sont appelés sous les drapeaux. Le dernier devant rejoindre incessamment le front sur la ligne Maginot.

 

Peu de temps après, malgré son jeune âge, Abel se présente au bureau de recrutement de Rabat et cherche à s’engager comme volontaire pour participer à la guerre. Étant mineur, il n’hésite pas à imiter la signature de son père sur le document d’engagement et se passe ainsi de l’autorisation de celui-ci qu’il met d’autorité devant le fait accompli.

 

Informé de cette démarche audacieuse, la réponse de son père est sans appel. La voici ; « Tu as choisi toi-même ton destin. Vous voilà quatre frères engagés dans le même combat. Je veux que tu saches une chose… Je préférerais vous savoir tous morts au champ d’honneur, que d’apprendre qu’un seul d’entre vous ait failli à son devoir ! ». La messe était dite...

Voilà, c’est clair, désormais le destin de Abdelkader Ikrelef est en marche, et rien ne l’arrêtera. Il n’a qu’une seule idée en tête, défendre la France, son pays.

 

Au bout de quelques semaines, Abel est affecté au 7ème Régiment de Tirailleurs Marocains à Meknes, où il va effectuer ses classes durant quelques mois, à l’issue desquels, vu ses qualités, il est nommé Caporal-Chef et désigné comme instructeur auprès des jeunes recrues à Médounia .

 

La France, face à la menace ennemie, a besoin du renfort essentiel des troupes coloniales, et durant tout cet hiver 1939, Abel se charge de la formation et de l’entraînement de ces futurs combattants. C’est pourquoi deux nouveaux régiments à l’instruction sont constitués, les 9ème et 10ème Régiments de Tirailleurs Marocains, destinés à rejoindre la France au plus tôt

Durant l’hiver, le 7ème RTM part pour la métropole où en mai 1940, il est engagé dans le Nord de la France. Du 14 au 16 mai, les trois bataillons du régiment vont affronter avec courage et stopper momentanément l’offensive allemande durant la bataille de Gembloux. Devant l’avancée de l’ennemie, le régiment se replie sur la poche de Lille, où à nouveau du 25 au 31 mai il combat au sein de la 1ère Division Marocaine. Encerclées, toutes les unités de la division doivent se rendre et après leur dissolution, les hommes faits prisonniers. C’est alors que les premiers crimes de guerre sont commis par l’envahisseur, de nombreux soldats nord-africains prisonniers sont massacrés sans retenue, contrairement aux lois de la guerre.

 

C’est au mois d’avril 1940, qu’avec le 9ème ou 10ème RTM, Abel embarque au port d’Oran en Algérie à destination de Port-Vendres où ces hommes débarquent 48 heures après, puis prennent le train pour Agen où ils seront cantonnés en attendant leur engagement face à l’ennemi

Mais le 10 mai 1940, c’est l’offensive allemande, la défaite totale de l’armée française, et l’armistice signé le 25 juin suivant. Une campagne éclair qui voit s’effondrer sans que personne ne s’y attende, la « première armée du monde ».

Pendant ce temps là, durant six semaines, l’arme au pieds, cette unité de 800 hommes est restée cantonnée en réserve à Agen, et lorsque la nouvelle de la défaite tombe, c’est la consternation générale. On n’a plus besoin d’eux, et durant tout l’été, les troupes coloniales sont renvoyées en Afrique et les hommes démobilisés.

 

Pour Abel, c’est la déception totale et la désillusion. Mais malgré son âge et sa volonté, tout n’est pas perdu. Il entend parler d’un Général « rebelle » qui réfugié à Londres appelle à continuer la lutte. Il se promet de revenir en France et continuer comme il le pourra le combat, qui pour lui n’est pas terminé.

 

Durant deux ans, à partir du Maroc, par tous les moyens, il tente sans succès de gagner l’Angleterre. C’est alors qu’âgé de 20 ans, faisant partie de la classe 1942, et afin d’échapper au STO, il s’engage à nouveau dans l’armée, demandant à être affecté au 23ème Régiment d’Infanterie basé à Toulouse en Métropole.

Lorsqu’il se présente à la porte de la caserne dans la « ville rose », non seulement il est refoulé, mais en plus on le reconduit sous escorte à la gare pour prendre le train du retour. Il profite alors d’un moment d’inattention de l’officier qui le surveille pour s’enfuir. Sans repères, sans argent, sans connaissance, sans adresse ni point de chute, il erre dans la ville qu’il ne connaît pas.

 

Le hasard lui fait pousser une porte, et il se retrouve ainsi accueilli au sein d’un groupe des « Compagnons de France », organisme créé par Pétain pour venir en aide aux familles déshéritées des anciens combattants de 14/18. La Baraka en quelque sorte. C’est donc un fugitif camouflé parmi ces jeunes volontaires engagés dans la Révolution Nationale du Maréchal, qui par tous les moyens, va tenter de contacter la résistance, son seul et unique but.

 

Durant plusieurs semaines, ce groupe gagne les villes de Montauban, Agen, Cahors, Gourdon, Sarlat. C’est dans cette localité, que par l’entremise d’un jeune compagnon israélite, il a son premier contact avec la résistance. Il est dirigé sur Souillac en Corrèze, où employé comme couverture dans une boulangerie, son agent recruteur du maquis, lui demande, pour tester le degré de confiance que l’on peut placer en lui, d’exécuter ses premières missions.

 

Grâce à la relation qu’il entretient avec une jeune femme de la localité employée au central téléphonique de la Poste, il recueille des renseignements précieux, principalement les échanges téléphoniques passés entre la Milice installée dans la région et la Kommandantur de Brive, déjouant ainsi de nombreuses arrestations.

Abel est maintenant intégré au sein du réseau FTPF de Souillac, mais il n’a toujours pas rejoint le maquis. On lui demande une nouvelle preuve de sa fidélité. Il doit s’emparer de matériels auprès du chantier de jeunesse de Combabressoux. Armé de son seul pistolet et accompagné d’un camarade, faisant preuve d’une audace exceptionnelle, il s’empare par surprise du camp, et fait six prisonniers, dont le chef de chantier auquel il dérobe son arme. Les deux hommes repartent avec une charrette remplie de vivres et de couvertures destinés aux maquis.

Mais identifié par ses origines, il est vite recherché par les gendarmes, et doit s’enfuir de Souillac. Les chefs FTP l’exfiltrent et le dirigent vers Saint-Sozy, où il va rester dissimulé durant plusieurs semaines chez une famille d’accueil favorable à la résistance. Les gendarmes iront même dans cette ferme, mais heureusement ne le découvriront pas.

 

Clandestinement, en train et de nuit par les sentiers situés en bordure de la Dordogne, Abel et deux de ses camarades, se dirigent vers le nord de la Corrèze à la limite du Cantal, où ils vont enfin rejoindre un maquis FTP, le groupe « Léopold Réchossière ». Arrivés à proximité du camp, ils sont stoppés par un groupe de maquisards porteurs de mitraillettes Sten, qui deviendront par la suite ses plus fidèles amis et compagnons de combat.

Georges MANDART

 

*** Titres, homologations et services pour faits de résistance

Né(e) le/en 19-07-1922 à Feyt (19 - Corrèze, France)

Carrière Famille résistance forces françaises de l’intérieur (FFI)

Cote(s) Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 388790

 

*** Base des médaillés de la résistance

alias Jo

Né(e) le/en 19-07-1922 à Feyt (19 - Corrèze, France)

Date du décret 06/09/1945

Date de publication au JO12/09/1945

Décoration Médaille
Sources l’Ordre de la Libération

 

*** Base des Morts pour la France de la Guerre d'Indochine

Mort pour la France le 30-04-1949 (Lang Dam province Hoa Binh, Cochinchine)

Né(e) le/en 19-07-1922 à Feyt canton d Aiguerande (19 - Corrèze, France)

26 ans, 9 mois et 11 jours

Carrière Statut militaire

Grade lieutenant

Mention Mort pour la France

Cause du décès tué par l'explosion d'une mine

Lieu de transcription du décès Le Vernet (03 - Allier, France)

Sources Service historique de la Défense, Caen

Le premier, un colosse, une force de la nature, Georges Mandart, dit « Jo la terreur » ou « Jo la rafale », (GR 16 P 388790) est le chef du groupe. Il laissera un souvenir impérissable sur le barrage de l’Aigle et aux alentours, tant son groupe est actif, craint et respecté. Ses actions contre l’occupant et les sbires de Vichy, feront qualifier aux allemands cette région inhospitalière pour eux de « petite Russie ». C’est tant dire…

 

Les opérations qu’il monte contre l’occupant sont innombrables ; vols de pièces d’identité vierges à la Préfecture de Tulle, vols de tickets et cartes d’alimentation dans les mairies, vols des armes et uniformes de gendarmes et GMR, vols de vêtements, matériels, et équipements dans les Camps de Jeunesse, vols dans les magasins de la coopérative du barrage, en juin 1944 attaque de la prison de Tulle à la tête d’un commando, où il libéra tous les résistants prisonniers malgré la présence de gardiens allemands, etc.

 

Après la libération, Georges Mandart, intégrera l’armée avec le grade de Lieutenant passant par l’école d’application de l’Infanterie, et sera dirigé vers l’Indochine au sein d’une Légion de marche de la Garde Républicaine. Alors âgé de 26 ans, il y perdra la vie le 20 avril 1949, à la tête du 2ème Escadron Muong, tué par l’explosion d’une mine.

 

Le second, Lucien Sahuguet, sera tué par balles allemandes à la bataille de Rosiers d’Egletons le 17 mai 1944. Il fera partie des évadés de la prison de Limoges.

 

Le troisième, Jean Maureil, sera abattu lors de sa fuite alors qu’il allait être appréhendé par la Gestapo et les GMR à Marcillac-la-Croisille le 15 octobre 1943. Cela sous les yeux de sa fiancée.

 

Plusieurs maquisards proches de Abel disparaîtront dans le Maelstrom de la guérilla comme l’israélite Joseph Wertheim ou le policier Robert Perpero dit « Jim », et tant d’autres d’ailleurs.

 

Nous y sommes. Abdelkader Ikrelef est arrivé à ce qu’il souhaitait. Intégrer un maquis. Voici donc un gaulliste chez les communistes… Il ne partage pas leurs idées. Le groupe est installé dans une grotte devant laquelle une plateforme surplombe la Dordogne, avec en face les forêts boisées du Cantal. Il s’agit du roc du Busatier sur la commune de Marcillac-la-Croisille. Le barrage de l’Aigle n’est pas loin, et souvent les hommes du groupe y feront quelques virées. Les frictions avec les résistants ORA du chantier seront nombreuses…

 

Ce maquis dépend du Sous-Secteur A des FTPF de Haute-Corrèze, dont le PC se situe près de Neuvic. Ce groupement communiste comprend quatre bataillons constitués de 12 compagnies réparties dans tout le nord du département. Abel prend ses marques et se lie d’amitiés avec ces nouveaux camarades. Il participe à ses premières et nouvelles actions, reconnaissances, renseignements, ravitaillement, réquisitions, etc.

Lieutenant Abdelkader Ikrelef
Lieutenant Abdelkader Ikrelef

Quelques temps plus tard, un matin, avec trois de ses camarades et « Jo » qui les dirige, il se rend au château de Sédières en Corrèze, où est installé l’état-major du secteur FTP commandé par le commandant Léon Lanot, dit « Louis » ou « Léon », afin d’y récupérer des armes. A l’approche du château, ils entendent des coups de feux. Ils s’approchent discrètement, et s’aperçoivent que des miliciens et GMR attaquent le PC du maquis. Abel, ancien militaire comprend vite la situation. Avec l’accord de son chef, il organise la riposte, contourne les assaillants, et les prend à revers, le groupe faisant feu de toutes leurs armes. Les miliciens et GMR décrochent hâtivement, emportant leurs blessés. Les assiégés, sortent à leur tour, et tous se lancent par un feu nourri à la poursuite des fuyards dispersés chez qui c’est la débandade.

 

Devant l’audace de ce jeune maghrébin intrépide et d’un courage sans égal, le commandant « Léon » nomme sur le champ Abel, Officier FFI, Lieutenant FTP. Il lui confie la mission de recrutement et d'entraînement des nouveaux, ainsi que les actions commando à mener conjointement avec Georges son chef de groupe, également nommé Lieutenant

 

Un officier politique lui est adjoint pour la formation idéologique des jeunes recrues, ce qui n’enchante pas spécialement Abel. Mais la jalousie provoquée par cette nomination au feu d’un tout nouvel arrivant, ne plaît guère à « Jo » un ancien, qui de provocations en provocations, souhaite en arriver aux mains avec Abel. Un soir, autour du feu, dans le camp, et devant le groupe rassemblé, c’est l’insulte de trop. Georges cherche la bagarre et se rue sur Abel. En trois prises de judo bien placées, devant l’assistance médusée, « Jo » affalé dans la poussière perd de sa superbe et son aura se ternit devant ses camarades. Terrassé, il se relève confus et bon perdant, il reconnaît sa défaite. C’est la poignée de main, la réconciliation et le verre de l’amitié. Dorénavant, ils resteront l’un pour l’autre des amis proches et de véritables frères d’armes. C’est ainsi que le Lieutenant Abdelkader Ikrelef est devenu a partir de cet instant « Négus », « Tarzan » ou « Blanchette », ses pseudonymes dans la résistance.

A partir de là, l’engagement de ces deux chefs de maquis s’intensifie. Les coups de mains se multiplient. Les sorties sont quasi quotidiennes, surtout de nuit ; repérages, ravitaillement, observation, recrutement, entraînement, destructions, embuscades, réquisitions, parachutages, recherche de nouvelles planques, identification des collabos et miliciens, vol d’armes dans les Gendarmerie ou sur les GMR, rafles dans les camps de jeunesse, surtout celui de Spontour qui recevra plusieurs fois leur visite, etc.

 

Leur zone d’action est vaste, elle s’étend de Tulle à Neuvic, en passant par Clergoux, Saint-Pardoux-la-Croisille, Marcillac-la-Croisille, Saint-Merd-de-Lapleau, Lapleau, Lafarge-sur-Sombre, Saint-Hilaire-Foissac, Lamazière-Basse, Palisse, Egletons, Spontour, les bords de la Dordogne et le barrage de l’Aigle en particulier.

Lieutenant Abdelkader Ikrelef
Lieutenant Abdelkader Ikrelef

Le jour de l’ascension au cours du mois de mai 1943, c’est l’attaque du maquis au petit matin par les GMR

 

Couvert par une fusillade nourrie, le groupe décroche, il quitte le « nid d’aigle » par des sentiers de repli et se sépare en deux groupes. L’un aux ordres de Georges se replie au Roc Charlat, le second commandé par Abel, rejoint un camp à Vedrenne, dans les gorges de la Doustre. L’alerte a été chaude. Ce maquis, c’est une évidence a été dénoncé. Ce ne sera pas la seule et dernière fois

Il faut savoir que ce « groupe Réchossière » a été le premier maquis de Corrèze constitué à l’automne 1942 à Port-Saint-Jean. A peine une dizaine d’hommes avec 4 fusils de chasse et deux fusils de guerre Mauser fournis par des anciens de 14/18. Il fut dirigé tout d’abord par Jean Maureil tué le 17 octobre 1943, puis par Georges Mandart. Par la suite, grâce à l’implication d’Abdelkader Ikrelef, ce maquis recruta, outre des français patriotes, mais également des Espagnols, des Allemands, des Soviétiques, des Maghrébins de la MOI. Ce maquis « Réchossière » fut à l’origine de la création de nombreux autres groupes de résistants.

 

Début juillet 1943, l’un des hommes de groupe d’Abel est arrêté par la Gendarmerie de Lapleau à la suite d’une dénonciation anonyme. Il n’hésite pas un instant à l’idée de libérer son camarade par la force. Pour éviter l’exfiltration du prisonnier vers Tulle, des embuscades sont tendues sur plusieurs routes. La nuit, vers une heure du matin, Abel met en place un piège avec quelques maquisards. Un fourgon de GMR se présente tous phares allumés. Abel se plante au milieu de la route, ses deux pistolets à la main, et ordonne l’arrêt au véhicule qui stoppe devant lui. Des GMR en descendent mitraillettes à la main. Les hommes s’observent. Personne ne tire. Un grain de sable compromet l’embuscade, et avant que les camarades d’Abel n’interviennent, plusieurs rafales de mitraillettes partent des GMR. Abel s’effondre atteint de deux balles dans le ventre.

 

Gravement blessé, dans un sale état comme on dit, il est conduit à la Gendarmerie de Lapleau où les GMR tentent de le faire parler. Malgré ses blessures et considéré comme un « gros poisson », il est roué de coups et menacé d’exécution. Un médecin requis le fait conduire sous escorte à l’hôpital de Tulle où on le refuse. C’est à l’hôpital de Limoges qu’il se réveille le 8 juillet au matin, après que les projectiles lui aient été extraits du corps par un chirurgien. Durant un mois, il est soigné par une sœur infirmière qui tentera de le faire évader mais en vain. Abel se rétablit assez vite et pense déjà à sa future évasion.

Mais le 2 août, à nouveau les GMR viennent s’en saisir pour le conduire à la prison de Limoges où il est enfermé dans une cellule de droits communs. Le personnage force le respect de ces individus sans foi ni loi, et personne ne cherche à l’ennuyer. Au bout de quelques jours il est transféré dans la cellule des internés politiques, où il se retrouve parmi de vrais résistants emprisonnés comme lui. Au bout de quelques semaines, de nouveaux prisonniers sont amenés dans la cellule. Une quinzaine d’hommes, tous des résistants FTP appartenant au secteur du commandant « Léon », dont son ami Lucien Sahuguet. Abel connaît tous ces hommes, et les retrouvailles sont chaleureuses. A nouveau s’échafaudent des plans d’évasion.

Le 20 octobre 1943, Abdelkader Ikrelef et quatre de ses camarades de peine sont amenés sous bonne escorte d’une vingtaine de GMR, devant la section spéciale du Tribunal de Limoges. Poursuivi pour port illégal d’armes, vols, attaques à main armée, subversion sociale, chef de bande, intelligence avec l’ennemi, il risque la peine de mort. A l’issue de leur délibération, les juges condamnent Abel à 15 ans de travaux forcés. Sa réaction est immédiate. Il se lève et entonne à pleins poumons « la Marseillaise » accompagné en cela par ses camarades. C’est la stupeur dans la salle. Toute l’assistance se lève et se joint en chœur aux condamnés. C’est la panique dans le prétoire. Les juges battent en retraite, et les GMR font le coup de poing pour évacuer le tribunal. Au retour dans le fourgon et à l’arrivée à la prison, c’est la sanction. Les coups et menaces pleuvent sur Abel, mais celui-ci est trop fier et content de son acte de rébellion. Il en tire une satisfaction inavouable….

Lieutenant Abdelkader Ikrelef
Lieutenant Abdelkader Ikrelef

Dans la nuit du 6 novembre 1943, Abel s’évade de la prison de Limoges. Alors qu’il avait été placé à l’infirmerie, avec d’autres camarades résistants comme lui, en deux nuits, ils réussissent à creuser dans le mur d’un mètre de large de l’infirmerie, un trou suffisamment large pour qu’ils parviennent à s’enfuir après avoir franchi deux enceintes de six mètres de haut. Il l’avait pensé, il l’avait dit, il le réalise. Quelle audace, quelle volonté inébranlable ! Quatorze prisonniers « dangereux terroristes » dans la nature…

 

Torse nu, en short et pieds nus, Abel se blesse assez gravement dans sa chute lors de cette évasion, et entreprend avec deux compagnons d’infortune, durant plusieurs kilomètres, une course folle dans la nuit glaciale et dans la neige qui les amènent dans la campagne environnante de Limoges. Là, cachés dans une grange, ils sont recueillis par un couple de braves patriotes qui leur accorde l’asile.

Transféré de planque en planque, après plusieurs semaines de soins et de bienveillance assurés par tous ces amis de la résistance, il reprend des forces et se tient prêt à rejoindre les maquis. Comble de la témérité, contacté par son avocat, il demande qu’une rencontre avec les juges qui l’ont condamné soit organisée. Alors qu’il est recherché par tous les services de police allemands et français de la région, il se rend discrètement au Tribunal afin de recueillir leurs explications. Quelle Incroyable audace !

 

L’entretien qu’il a avec eux s’avère très instructif. Il comprend dans leurs rendus de justice, le rôle trouble et ambigu que tiennent certains juges écartelés entre leur devoir d’obéissance à l’autorité de Vichy, et l’empathie qu’ils ont pour ceux qui combattent l’oppresseur et qu’ils se doivent de juger.

Durant les mois d’hiver qui suivent, Abel muni enfin de faux papiers d’identité et d’autorisation de circuler, intègre des réseaux de renseignements, qui agissent entre Limoges et Brive. Il fait maintenant partie de ces réseaux clandestins des villes opérant dans l’ombre où se déroule un jeu dangereux et sournois entre résistants et agents de Vichy. Glaner des renseignements, rechercher des caches sûres pour les évadés ou les recherchés, les exfiltrer, identifier les collabos, recruter des jeunes pour le maquis, les soustraire au STO, repérer les traîtres et les éliminer, tout un lot de missions auxquelles Abel à du mal à s’habituer. Il vit dans un monde trouble où l’on doit se méfier de tous, même des amis. Un regard, un sourire, une indifférence, une présence, une attitude, un mot, tout devient suspect. Le maquis et sa fraternité lui manquent. Cette guerre de l’ombre bien que vitale pour la résistance n’est pas pour lui. Ce qu’il veut c’est la guérilla. Enfin, il va l’avoir.

Lieutenant Abdelkader Ikrelef
Lieutenant Abdelkader Ikrelef

En effet, en février 1944, il finit par rejoindre l’état-major des Francs Tireurs et Partisans du Colonel Louis Godefroy, alias « Marcel », alias « Robert », alias « Commandant Rivière ». https://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/louis-godefroy Celui-ci a implanté son PC dans la forêt de Pompadour à l’ouest de Brive. Immédiatement ce dernier confie à Abel la fonction d’officier de liaison. Sa mission est simple, contacter tous les maquis ou groupes isolés pour établir la communication avec eux afin que toutes les forces de la résistance soient unies pour la prochaine libération du pays et les opérations à venir envisagées par leur chef. Il agit souvent seul et sa zone d’action est vaste ; Brive, Pompadour, Jumilhac-le-Grand, Nexon, Ladignac, Donzenac, Uzerche, Pont-de-Chalard, Vigeois, et les limites du département de la Dordogne avec Thiviers et Sarlande, Chalus dans le Sud de la Haute-Vienne.

Durant tout le printemps, il participe également a des actions de guérilla dans tous le secteur. Un jour, à Vigeois, alors qu’il conduit deux agents de liaison féminins avec un groupe armé d’escorte auprès du PC du Commandant Rivière, ils sont interceptés par une colonne allemande. Les balles pleuvent. Une fusillade nourrie les accueille. Une partie du troupe résiste aux allemands afin de permettre la fuite des agents de liaison que Abel parvient à mettre à l’abri. Une partie du groupe armé est pris et les maquisards fusillés. Pour Abel et ses cinq camarades survivants, c’est la fuite éperdue sous une grêle de projectiles. Chacun pour soi. Enfin, après plusieurs kilomètres d’une course effrénée ponctuée de tirs ennemis et de ripostes, il rejoint le cantonnement de l’état-major FTP.

 

Au début du mois de juin 1944, après leur en avoir expliquer les avantages, il parvient à convaincre les responsables du commandement FTP d’organiser ses liaisons à cheval pour ses missions quotidiennes. Grâce à sa force de persuasion, ils se retrouvent bientôt deux, puis quatre agents de liaison utilisant ce mode de déplacement.

 

Le 10 juin 1944, le Lieutenant Abdelkader Ikrelef est désigné pour une mission confidentielle de la plus haute importance aux yeux de la résistance. Il doit convoyer les 36 évadés politiques de la prison de Nontron qui ont été libérés par l’action des maquis AS de Dordogne deux jours auparavant. Parmi eux des hommes politiques communistes de premier plan ; Michel Bloch, Jean Chaintron, Raoul Calas, et d’autres, ministres, députés ou responsables du PC qui avaient été condamnés à mort par Vichy

 

Cette mission primordiale lui est confiée par le Colonel Roger Lescure, alias « Colonel Murat », un des chefs FFI de la région R5 Limousin. Abel doit conduire ces hommes pris en compte à Sarlande en Dordogne, se diriger vers les plateaux de Haute-Corrèze en contournant Tulle et Egletons, se diriger vers Chaumeil, puis redescendre sur Lamazière-Basse, où se trouve implanté le PC du secteur FTP dans la Mairie.

 

Pour cela, afin de ne pas être surpris par l’adversaire, Abel se porte à l’avant de l’itinéraire en reconnaissance avec trois autres cavaliers disposés en éventail.

 

Puis en seconde ligne à quelques centaines de mètres à l’arrière des motocyclistes de liaison, et enfin plus loin en retrait, tous les prisonniers évadés entourés par leur escorte armée. Le trajet se fera avec quelques petites péripéties en plusieurs jours, mais tous arriveront à leur destination sans perte. Abel sera personnellement félicité par les chefs militaires de la R5.

 

Nous sommes au mois d’août 1944. Tous les groupes de partisans du sous/secteur A sont répartis dans la forêt de Ventadour, et l’état-major s’est installé dans le château de Roussille. Des responsables FFI de toute la R5 s’y rencontrent, ainsi que des agents américains de l’OSS et anglais du SOE. Les évènements vont prendre une toute autre ampleur. L’activité fébrile laisse présager que des actions importantes contre l’ennemi se préparent. C’est à cet instant que le destin du Lieutenant Ikrelef va prendre une autre tournure. Il interpelle le Colonel Murat et lui demande l’autorisation d’avoir l’honneur de mener au feu un groupe de combat. Ce dernier lui rétorque qu’il est favorable à sa demande, qu’il lui fournira les armes, mais à la condition qu’il recherche lui-même les hommes qu’il lui faudra pour constituer une unité FFI.

Colonel Roger Lescure, alias « Colonel Murat », un des chefs FFI de la région R5 Limousin
Colonel Roger Lescure, alias « Colonel Murat », un des chefs FFI de la région R5 Limousin

C’est ici, pour l’histoire, que ce jeune officier marocain laissera son empreinte lors de son passage au barrage de l’Aigle. Nous sommes le 3 août 1944. Accompagné d’un officier d’active, il se rend sur le chantier du barrage. Sur place, il découvre parmi de nombreux ouvriers de toutes nationalités inoccupés, une centaine de nord-africains désœuvrés, qui cherchent à survivre comme ils le peuvent. Il n’y plus d’administration. Tous les cadres du barrage et des centaines d’hommes des compagnies de maquisards du bataillon « Didier », ont rejoint les monts du Cantal, au col de Néronne, et se préparent à attaquer la garnison allemande cantonnée à Aurillac.

 

D’autres nord-africains ont déjà rejoint la résistance pour former une compagnie étrangère, celle du Lieutenant Soulas qui deviendra le groupement « Chouan » du Capitaine Gouy, aux ordres du Commandant Playe (Eynard).

Après une harangue magnifique qui laisse stupéfaits tous ces hommes, il leur déclare d’emblée qu’il veut des volontaires pour aller combattre les Allemands et libérer la France. C’est parmi eux, la stupeur générale. Les uns après les autres, tous ces hommes se lèvent et viennent se placer derrière ce jeune officier qui affiche leurs origines et porte un uniforme de l’armée française, qui possède la couleur de leur peau, qui parle leur langue, qui connaît leurs mœurs et coutumes. Ils le reconnaissent comme l’un des leurs. L’image de ce jeune guerrier arabe fier et sûr de lui présente à leurs yeux toutes les qualités d’un véritable chef mauresque. Certains n’ont aucune expérience militaire. D’autres par contre sont d’anciens soldats des troupes coloniales ; goumiers, tabors, spahis, chasseurs d’Afrique, tirailleurs algériens, marocains ou tunisiens. Ceux-là, vite convaincus par les propos et l’allant de ce jeune officier, entraînent dans leur sillage les derniers indécis.

 

C’est ainsi que le Lieutenant FFI Abdelkader Ikrelef, se retrouve propulsé à la tête d’une compagnie de combat nord-africaine forte d’une centaine d’hommes. Le Colonel Lescure, tient ses promesses. Tous ces hommes sont hébergés, alimentés, équipés en uniformes et en armes. Ils sont cantonnés dans les annexes du château de Roussille et commencent leur formation. Durant une dizaine de jours, Abel organise de façon intense, de jour comme de nuit, l’instruction et l’entraînement nécessaire afin de préparer ces hommes au combat.

Louis GODEFROY  ALIAS : Marcel - Robert - Auriac - Rivière
Louis GODEFROY ALIAS : Marcel - Robert - Auriac - Rivière

Le 14 août au matin son unité est prête. Les unités FFI ont déjà engagé les combats avec les troupes du 194ème Régiment de Sécurité Allemand, replié dans Egletons. Ils sont environ 300 hommes lourdement armés, très entraînés, et retranchés dans des bâtiments de la ville. Ils bénéficient de l’appui de la Luftwaffe. Une colonne de secours de 2.500 hommes est en mouvement pour les secourir. En face, un peu plus de mille hommes, tant AS que FTP, ainsi que des parachutistes français SAS, resserrent leur étreinte.

 

Le 14 au soir, après une marche forcée de 15 kilomètres, la compagnie du Lieutenant Ikrelef, arrive aux abords de la ville. Il fait nuit et les combats font rage. Abel reçoit pour mission de renforcer avec ses hommes, les unités FFI qui encerclent l’école d’apprentissage (ENP) où résistent les allemands. Ceux-ci possèdent des fusils-mitrailleurs, des mitrailleuses lourdes et des canons de 37 mm. Lancés plusieurs fois à l’assaut de cette forteresse improvisée, les hommes d’Abel ont plusieurs blessés et deux tués.

Durant plusieurs jours, cette bataille se poursuit jusqu’au 20 août, date à laquelle, bombardés par l’aviation alliée, les Allemands quittent définitivement la ville après avoir été rejoints par la colonne Jesser venue d’Ussel pour les délivrer. Abel et ses hommes, désormais intégrés aux bataillons FFI, vont poursuivre leur chemin de gloire dans la libération du Limousin jusqu’à ce que l’on perde leur trace dans les méandres de la guerre. Ces hommes en général, totalement oubliés par l’histoire, et le Lieutenant Abdelkader Ikrelef en particulier (GR 16 P 301112), ont bien mérité de la Nation. Qu’un hommage solennel leur soit rendu ici. Ils furent l’une des deux compagnies nord-africaines du barrage de l’Aigle.

Lieutenant Abdelkader Ikrelef
Lieutenant Abdelkader Ikrelef

Citons quelques uns de ces hommes courageux venus par delà la Méditerranée pour libérer le pays et tombés au champ d’honneur, qu’ils soient AS, FTP, MOI ou ORA, ils étaient tous des combattants FFI au sein de la France Libre.

 

Bachir Ben Ayeb tombé à Gare de Corrèze le 20 août 1944.

Hacène Ben Mohamed tombé à Gare de Corrèze le 19 août 944.

Lhassen Ben Ouakrim tombé à Gare de Corrèze le 19 août 1944.

Mohamed Ben Oucine tombé à Gare de Corrèze le 19 août 1944.

Mohamed Ben Tayeb tombé à Gare de Corrèze le 22 août 1944.

Salah Saïdi tombé à Saint-Priest-de-Gimel le 19 août 1944.

Chernouh Larbi tombé à Autun le 8 septembre 1944.

Berrabdelkrine Bouziane tombé à Saint-Genest-Malifaux le 2 septembre 1944.

Labbat Abel déporté mort en déportation

Ahmed ben Mohamed tombé à Château de Brain 08/09/1944 Groupement Chouan

Salah ben Abdesselem tombé (Idem)

Daoud ben Abd el Kader tombé (Idem)

etc.

 

Sources :

 

- « L’épopée du Lieutenant Abdelkader Ikrelef » Gilles Ikrelef (Éditions L’Harmattan)

- « A nous Auvergne » par Gilles Lévy et Francis Cordet (Éditions Presses de la Cité)

- « L’Aigle sur Dordogne » par Jean-Louis Salat ( Éditions ACAD)

- « Du Cantal du lac de Constance » journal de marche du 152ème RI

- « Des maquis d’Auvergne aux collines du Harz » souvenirs de Raymond Soulas

 

Le général de corps d'armée François Sevez
Le général de corps d'armée François Sevez

 4ème Division d'infanterie marocaine, appelée aussi division d'infanterie de montagne

(général Sevez)

 

avec les 1er, 2e et 6e Régiments de Tirailleurs marocains, 8e Bataillon médical, 1er Régiment de Tirailleurs algériens, 27e Régiment d'infanterie, 4e Régiment de Spahis marocains, 69e Régiment d'artillerie de montagne, 31e Escadron du Train, 82e Bataillon du Génie, 88/84e Bataillon de Transmissions, 64e Régiment d'artillerie d'Afrique et 33e G.F.T.A..

 

       Le général de corps d'armée François Sevez

 

Le général Sevez, originaire de Chambéry, était âgé de cinquante-six ans. Sous-lieutenant de réserve dans l'infanterie alpine en 1914, il termina la première guerre mondiale avec le grade de capitaine. Après un stage à l'École de guerre, il prit le commandement d'un bataillon de la légion étrangère et combattit de 1927 à 1935 dans l'Atlas marocain et les confins sahariens. Colonel en 1910, commandant le 13e R.T.A., il lutte en Moselle, à Dunkerque, puis, débarqué en France, à Cherbourg, en Normandie.

Adjoint du général Juin en Afrique du Nord, le général Sevez participa sous ses ordres à la campagne de Tunisie, commanda en Italie la 4e division marocaine de montagne, puis conduisit jusqu'à Rome et près de Florence le " corps de montagne " qui comprenait également les tabors du général Guillaume.

 

Le 8 octobre 1946 il avait été nommé au commandement supérieur des troupes françaises d'occupation en remplacement du général de Monsabert.

 

 

Goumier LAHCEN Ben MOHAMED Ben BERRAHO

LAHCEN Ben MOHAMED (Père) Ben BERRAHO (Grand-Père)

4e division marocaine de montagne

(4e DMM avec le 64e régiment d’artillerie d’Afrique)

LAHCEN est blessé à la bataille de Monte Cassino

Croix de Guerre avec étoile de Bronze

 

 

Article pour CHAÏB Djamel son Petit-fils

 

Fiche de Recasement des Anciens Militaires

Circonscription de Tahala

 

Nom et Prénom : LAHCEN ou MOHAMED ou BERRAHO

Fils de : MOHAMED ou BERRAHO et de HADHOUM TACHEBERT

Né vers : 1912 à Lariab

Dernier Corps 64e R.A.A.  Matricule 3115   Grade 2e classe

Engagé le 05/02/1942  Rayé des contrôles  05/08/1946

Décoration : Croix de Guerre avec étoile de Bronze

Cité à l'ordre du régiment le 02/07/1945

Situation de famille : Marié

Signalement LAHCEN a : le visage ovale, cheveux noirs, front droit, nez rectiligne, yeux marrons.

Grades successifs : 2ème Canonnier

 

Affectations successives : 63ème R.a.a.       5e Batterie

                                               69ème  R.a.m.     2ème  Batterie

 

Historique du 63ème Régiment d'Artillerie d'Afrique

Période 1941-1946

 

Le 63°RAA a été de nouveau formé le 1/2/1941, par dédoublement du 64°RA (auquel il avait donné lui-même naissance en 1940) à Fès, Oujda et Taza.

Il est resté stationné au Maroc jusqu’au débarquement des Alliés (8 novembre 1942) auxquels il s’est rallié. À leurs côtés, il a participé à la campagne de Tunisie (décembre 1942 à mai 1943) contre les forces de l’Axe, avec un Groupe de 75 tractés et un groupe de canons de 75 monté sur camion de 3 tonnes.

 

Le régiment a été réorganisé le 1/6/1943 et équipé de matériels plus modernes (trois groupes de canons de 105 HM2 tractés et un groupe de canons de 155) ; il a alors été affecté à la 2° Division d’Infanterie Marocaine, au sein du Corps Expéditionnaire Français.

Débarqué à Naples, il a été engagé en Italie dès décembre 1943. En appui du 5°Régiment de Tirailleurs Marocains avec lequel il a constitué un Groupement tactique, il s’est distingué à la prise de La Selva, dans les combats de la Costa San Pietro, d’Acquafondata et de la Monna Casale (dont les deux sommets jumeaux culminent à 1.220 et 1.225 mètres), ce qui lui a valu une citation à l’ordre du Corps d’Armée. Après la rupture de la ligne Gustav, il a participé à l’exploitation vers Sienne et Florence.

 

Débarqué à Saint-Tropez le 2/9/1944, il a été engagé dans les Alpes, en Maurienne, puis dans la Trouée de Belfort, en Alsace, en Allemagne et il a atteint la frontière autrichienne le 6 mai, à Glendorf. Le Régiment a été une nouvelle fois cité pendant ces opérations, à l’issue desquelles il prit ses quartiers d’hiver à Fribourg.

 

Son Groupe n°4 est devenu le II/61°RA, le 1/5/1945.

 

Le 63°RAA a été dissous le 1/4/1946 et il a donné naissance à trois Groupes autonomes qui ont stationnés respectivement à Lure, Draguignan et Thionville.

 

 

Année 14-18
.

Régiment d'artillerie coloniale du Maroc

 

En 1939, le régiment est stationné à Marrakech, ainsi qu'à Kasba Tadla et Taza.

Les campagnes du II/RACM : Elbe - France - Allemagne2

Le 2e groupe du RACM quitte l'Afrique du Nord le 16 avril 1944 à destination de la Corse: le matériel est embarqué à Oran, le personnel embarque à Alger sur le navire Le Marrakech.

Arrivé à Ajaccio le 18 avril, le groupe est engagé dans la libération de l'Ile D'Elbe du 17 juin au 11 juillet 1944. Le 2e Groupe du RACM aura la gloire d'être le seul de la 9e D.I.C et sans doute de toute l'armée française, à avoir participé en entier à un débarquement de vive force en Europe sur une côte puissamment défendue par l'ennemi.

De retour en Corse le 12 juillet, le 2e Groupe du RACM embarque le 24 août à destination de la France et débarque en Provence le 25 août 1944 sur une plage entre La Nartelle et le Val d'Esquières près de Saint-Tropez. Il participe aux combats pour la libération de Toulon notamment par ses tirs sur les ouvrages de Saint Mandrier le 27 août. Après un bivouac dans la région d'Ollioules, il fait route le 5 septembre vers le Nord de la France. Après 13 jours de repos forcé à Valencogne, 50 km au nord de Grenoble, le groupe prend position le 21 septembre à Solemont dans la boucle du Doubs.

Il est engagé dans la bataille de la boucle du Doubs (du 13 au 29 novembre), dans les opérations de libération de la Haute Alsace (du 30 novembre au 19 janvier 1945), dans la bataille de Mulhouse (du 20 janvier au 9 février).

 74 officiers    1538 sous-officiers et soldats
de la 4e Division Marocaine reposent
dans les cimetières Français d’Italie

Le 12 août 1944, la division appose solennellement une plaque commémorative sur les murs de l’église nationale de St Louis des Français de Rome.

 

 

Les Unités de la 4e Division de Montagne

DÉCISION N° 1245

SUR LA PROPOSITIOI DU MINISTRE DE LA GUERRE, LE PRÉSIDENT DU
GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, CHEF DES ARMÉES.

CITE A L’ORDRE DE L’ARMÉE :

LA 4e DIVISION MAROCAINE DE MONTAGNE

 

Magnifique Division, qui après avoir participé à la libération de la Corse, en Septembre 1943, s’est illustrée sur les Champs de Bataille d’ITALIE.

Débarquant en FRANCE en Septembre 1944, elle monte la garde sur les Alpes et achève le nettoyage des hautes vallées avant de venir prendre part à la Bataille d’Alsace, menant de très durs combats dans les VOSGES et dans la HARDT. Placée sous les ordres du Général de HESDIN, elle joue, à partir du 20 janvier, un rôle capital dans la réduction de la poche de COLMAR, prenant pied sur les hauteurs Nord de la THUR malgré des circonstances atmosphériques extrêmement dures et une résistance acharnée, puis s’emparant de CERNAY dans la nuit du 3 au 4 février et réalisant en faisant sa jonction à ROUFFACH à l’aube du 5 février avec le 21e C.A.U.S. l’encerclement de tous les éléments ennemis demeurés dans les VOSGES. Maintenue Jusqu’au 15 avril à la garde du RHIN, de BALE à STRASBOURG, elle franchit alors le fleuve, et en 48 heures traverse la FORÊT NOIRE. Poussant alors rapidement vers le Sud, dans le sillage d’une Division Blindée dont elle assure les communications, elle vé­rouille successivement tous les débouchés du Massif montagneux. Elle se dis­tingue tout particulièrement, du 24 au 28 avril, en brisant les très nombreuses et très violentes tentatives des divisions allemandes, qui, encerclées dans la FORÊT NOIRE, s’efforcent de se frayer un passage vers l’Est; en quatre jours, elle anéantit le XVIIIe Corps d’Armée allemand détruisant ou capturant la totalité de ses éléments. Ce résultat brillamment obtenu, elle repart à marches forcées vers l’AUTRICHE et, malgré les obstacles accumulés par l’ennemi, les difficultés du terrain de haute montagne et la résistance farouche de l’ennemi, nettoie le VORARLBERG de ses derniers défenseurs.

 

Cette CITATION comporte l’Attribution de la CROIX DE GUERRE avec palme. Elle sera publiée au Journal Officiel de la République Française.

 

Fait à PARIS, le 9 octobre 1945.

Ch. DE GAULLE

« Sur le sol d'Italie, de novembre 1943 à juillet 1944, le corps expéditionnaire français armé sur la terre d'Afrique a marqué du sang de 7 000 des siens la route victorieuse qui l'a conduit de Naples à Sienne avant son élan pour la libération de la France. Passant, songe que ta liberté a été payée de leur sang ! » Telles sont les deux dédicaces que l’on peut lire au cimetière français de Venafro  en Italie. L’historienne, Julie Le Gac , explique comment le corps expéditionnaire français (CEF) sombra dans l’oubli très rapidement. « Le souvenir de son chef, Alphonse Juin, seul général de la seconde guerre mondiale à avoir été consacré Maréchal de son vivant, est éclipsé par celui des libérateurs de la France, Leclerc et de Lattre. La bataille de Monte Cassino, point d’orgue d’affrontements âpres et meurtriers en Italie, résonne désormais de manière fort lointaine dans la mémoire collective. Le terme même de "corps expéditionnaire " obscurcit, par sa technicité, l’humanité de l’histoire des combats d’Italie. »

 

Le CEF a été constitué en novembre 1943, en Afrique du Nord, à partir d’unités de l’armée d’Afrique ayant participé à la campagne de Tunisie, renforcées, au fil du temps, par une mobilisation totale de 176 000 Européens et 223 000 hommes provenant d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

 

Les unités principales étaient, par ordre d’entrée sur le théâtre, la 2e division d’infanterie marocaine, la 3edivision d’infanterie algérienne, la 4e division marocaine de montagne et la 1re division française libre. Les 1er, 3eet 4e groupes de tabors  marocains (chacun fort d’environ 3 000 hommes) ont joué également un grand rôle. Trois mille femmes ont servi dans les transmissions, le service de santé, etc. Le CEF s’est illustré tout au long de la campagne : en décembre 1943 dans la conquête du Pantano et de la Mainarde, puis dans celle du Belvédère en janvier 1944.

Au printemps, il a participé à la rupture de la ligne Gustave avant d’entrer dans Rome avec les Américains, puis de remonter vers Sienne.

 

les pertes humaines dans les rangs des armées étaient plus que conséquentes. Celles pour les troupes marocaines varient entre 10 000 et 11 000 personnes décédées sur le champ de guerre

 

Les goumiers marocains étaient des soldats appartenant à des goums, unités d’infanterie légères de l'armée d'Afrique composées de troupes autochtones marocaines sous encadrement essentiellement français. Ces unités ont existé de 1908 à 1956.

 http://www.farac.org/index.php/infos-farac/

traditions-et-documents/item/goumiers-goums-tabors

 

Goumiers et Tabors marocains

https://www.facebook.com/groups/1506605646393809*

Pourriez vous me dire la différence entre Goumiers et Tabors marocains

En fait, il n'y a pas de différence: le goum (l'équivalent d'une compagnie) est une subdivision du tabor (bataillon), lui-même subdivision du GTM, Groupe de tabors marocains (régiment).  Loïc Chancerelle

 

 ÉQUIPEMENT DU GOUMIER

 

Les goumiers marocains se différencient des autres soldats par leur tenue originale.

Dans les rangs de la 1ère armée française débarquée en France en août 1944,
uniformément équipée de tenues américaines kaki, les goumiers marocains
ne passaient pas inaperçus. L'originalité de leurs tenues, fabriquées localement au Maroc, tranchait sur le reste de l'armée.

Chaque goum, étant une unité administrative, avait son propre modèle de
"djellaba", sorte de pèlerine à manches, grossièrement tissée en laine épaisse, de teinte grisâtre, rendue imperméable par la présence de poils de chèvre et de laines de couleurs différentes. En général, s'y mêlaient de longues rayures blanches, noires, grises ou brunes.
Quelques-unes étaient chinées. Mais pendant la campagne 1944-1945, les goumiers portaient tous une djellaba couleur muraille à raies brunes et noires, moins voyante. Un capuchon ("koub") servait à couvrir la tête par temps de pluie ou de neige, mais il était plus souvent utilisé comme sac à provisions. Le goumier percevait aussi une "gandoura" (blouse longue à manches courtes ou sans manches), une ample veste, un "séroual" (pantalon venant à mi-jambes). Ses jambes étaient protégées par de "tariouines" (bas de laine sans pied).


Les chaussures ("naâïl", pluriel de "naâla") étaient constituées par des plaques rectangulaires de peau de boeuf non tannée entourant la plante du pied, les poils
restant à l'extérieur. Elles étaient fixées à la cheville par des
cordelettes en palmier. Par la suite, lorsque le frimas les saisit en
montagne, les goumiers eurent droit aux brodequins ou aux snow-boots.

Une
sacoche en cuir ("choukara") leur servait de musette, elle était portée
en bandoulière, alors qu'un poignard américain était le plus souvent
glissé dans la ceinture retenant les cartouchières.

Comme coiffure, les goumiers portaient le "khiout" (constitué par un écheveau
de laine brune) ou la "rezza" (coiffure marocaine particulière), parfois
le chèche kaki clair. Pendant les opérations en Europe, les goumiers
portèrent le casque américain "Mle 17 A 1" (type "plat à barbe"),
parfois placé au-dessus de la "rezza" et souvent recouvert d'un filet de
camouflage. Les cadres français portaient le képi bleu-clair des
Affaires indigènes ou le béret basque.

 

Je vous recommande : https://solyanidjar.superforum.fr/t5288-les-goumiers-marocains

 

 

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